13 mai 2026. Dans le cadre de l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 (dite aussi affaire Sarkozy-Kadhafi), le parquet général de la cour d’appel de Paris requiert notamment sept ans d’emprisonnement et cinq ans d’inéligibilité contre Nicolas Sarkozy, petit ange de Neuilly victime d’une épouvantable machination politique ourdie par d’affreux juges rouges d’après toute une partie de la droite bourgeoise.
C’est évidemment choquant. Ça veut dire qu’en théorie, un grand voyou (1m66 avec ou sans bracelet électronique, exactement comme sa femme de 1m77, comme on peut le voir sur moult images pas du tout arrangées) peut se présenter à l’élection présidentielle depuis sa cellule de prison, être élu, et commencer son mandat depuis sa taule. Et encore ! Les juges n’ont pas été trop joueurs : ils auraient pu aller jusqu’à dix ans de séchoir et nous offrir l’exquise perspective d’un mandat complet effectué à l’ombre ! C’eût été de toute bôôôté !
Autre élément croustillant en rapport avec la défense de NS (ce qui peut vouloir dire plein de choses, et pas forcément Nicolas Sarkozy, si l’on en croit son poto Thierry Gaubert) : tandis que Sarko demandait “à être jugé comme n’importe qui”, ses avocats ont quant à eux ont demandé l’inverse en essayant de le faire juger par cette merveille d’égalitarisme de la Cinquième Ripoublique qu’est la Cour de justice de la République (dont le nom devrait être déclamé avec un air solennel tout en fredonnant la Marseillaise, ou bien abrégé en CJR, au choix).
Allez, on se fait plaisir avec un petit point Constit’. Cette CJR est une juridiction d’exception créée lors de la révision du 27 juillet 1993 dans le contexte de la cohabitation Mitterrand-Balladur et de l’affaire du sang contaminé (celle où Laurent Fabius et Georgina Dufoix étaient “responsables mais pas coupables”). Objectif du bouzin : juger pénalement les membres du Gouvernement pour des actes commis durant l’exercice de leurs fonctions… Mais avec une jolie petite coquetterie : la CJR compte quinze juges dont 80 % sont des Parlementaires, c’est-à-dire des politiciens collègues des ministres jugés. C’est-y pas beau ? Et après on s’étonne que le citoyen lambda soit suspicieux face à la classe politique.
Les décisions rendues par la CJR : principalement des “non coupables”, un peu de prison mais toujours avec sursis, quelques amendes… Et deux cas rigolos : Christine Lagarde, ministre de l’Économie sarkozyste puis directrice du Fonds monétaire international puis présidente de la Banque centrale européenne (toujours en poste actuellement), déclarée coupable de négligence d’une personne dépositaire de l’autorité publique dans l’arbitrage de 2008 dans l’affaire Tapie-Crédit lyonnais mais… dispensée de peine et sans inscription au casier judiciaire ! C’est vrai que ç’aurait été trop triste de gâcher une si belle carrière au service du capitalisme néolibéral mondialisé ! On avait déjà bêtement perdu DSK.
Et dernier tour de force de la CJR : l’affaire de prise illégale d’intérêts d’Éric Dupond-Moretti (ÉDM), qui avait saisi l’Inspection générale de la Justice pour régler ses comptes avec des magistrats auxquels il avait été opposé en tant qu’avocat… de Nicolas Sarkozy ! En effet, dans le cadre de l’affaire Paul Bismuth, les factures détaillées (“fadettes”) de plusieurs proches de Sarko (dont ÉDM) avaient été examinées par le Parquet national financier (PNF). Ça n’a pas plu à Moretti qui annonçait vouloir porter plainte contre ces “méthodes de barbouzes”. Aucune irrégularité de la part du PNF, mais comme ÉDM était devenu Ministre de la Justice de Macron entre temps, et comme il est teigneux comme un pou, il s’est acharné en tentant de flinguer la carrière de ces “juges-barbouzes” avec des enquêtes disciplinaires abusives. Et donc notre CJR ? Elle a bien considéré que Moretti était matériellement en situation objective de conflits d’intérêts, mais qu’il n’a pas fait ça consciemment ! Ce niveau de foutage de gueule du peuple confine au sublime !
Histoire de rendre cet article définitivement imbitable, rappelons brièvement l’affaire Bismuth susmentionnée (dite aussi affaire Sarkozy-Azibert ou encore – improprement – affaire des écoutes). Dans celle-ci, en 2014, Sarko et son avocat et “meilleur ami” Thierry Herzog, inquiets notamment des suites de l’affaire Woerth-Bettencourt… Oui, je sais, c’est encore une autre affaire, mais comment voulez-vous écrire un texte compréhensible sur la quincaillerie judiciaire de Sarko ?! Et ne demandez pas à Chat GPT : ça risque de provoquer un blackout et de faire fondre la calotte glaciaire !
Reprenons. (Accrochez-vous et n’hésitez pas à vous munir d’aspirine.) Pour avoir des infos sur toutes les enquêtes judiciaires en cours, Sarko et Herzog ont corrompu Gilbert Azibert, un magistrat de la Cour de cassation proche de la droite en faisant du trafic d’influence pour qu’Azibert obtienne enfin la mutation à Monaco qu’il espérait. Pour celleux qui n’ont pas encore mis le feu à ce journal et qui se poseraient la question “mais c’est qui ce Bismuth ?!”, et bien il s’agit d’un ancien pote de lycée de Herzog dont il a usurpé l’identité pour prendre un abonnement téléphonique discret pour communiquer avec Sarko. Pour l’anecdote (au point où on en est, hein !), le vrai Paul Bismuth s’est constitué partie civile pour le préjudice subi, avant de se retirer promptement de l’affaire pour une raison inconnue (mais qu’on peut toujours tenter de deviner).
À ce stade de l’article, notons deux informations importantes : contrairement à ce que couinent les droitards, tous les juges ne sont pas de gauche ; mais les mêmes droitards ont au moins raison sur un point : il y a de la corruption dans la magistrature. Azibert est la preuve vivante de ces deux constats. Bon, pas de bol, le seul spécimen certifié de juge pas de gauche est aussi celui dont la corruption est avérée. C’est moche.
Maintenant, la mauvaise nouvelle pour vous : tout cela n’était qu’une trèèès longue digression. Mettez votre doigt sur ce X pour y revenir après avoir relu un p’tit coup le troisième paragraphe du présent article.
Ça y est ? Vous y êtes ? Donc Sarko voulait être “jugé comme n’importe qui”, mais ses avocats ont mis en avant qu’en tant que Ministre de l’Intérieur en 2005-2007, il devrait être jugé par la CJR. Et – encore plus fort et toujours sans filet – en tant que Président de la République à partir de 2007, et en vertu de l’article 67 de la Constitution, “[l]e Président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité”. Apparemment les juges n’ont pas mordu, mais ça se tentait.
Oui, je sais, c’est n’importe quoi cet article, mais je vais en rajouter une couche, parce qu’on a décidé de vous mettre de la Constitution à toutes les sauces jusqu’à nouvel ordre, et pis c’est comme ça et pis c’est tout !
Il ne vous aura pas échappé (faites semblant d’y croire, comme moi) que c’est en 2007 que l’article 68 de ce foutu texte qui m’obsède et que je rêve de foutre à la benne au plus tôt a été modifié pour y faire disparaître le concept de haute trahison, et que l’article 66-1 a été ajouté pour proclamer explicitement que “Nul ne peut être condamné à la peine de mort”. Je devine et je comprends votre déception : vous vous dites que Sarko avait anticipé notre envie de le voir fusillé pour l’exemple. Mais non en fait, car la révision date du 23 février 2007, c’est-à-dire avant l’élection présidentielle. Bah… Ne soyez pas trop déçus : de toute façon la définition de la haute trahison était laissée à l’appréciation des parlementaires assemblés en Haute Cour. Consolons-nous en pensant que Sarko doit sagement écouter Carla sans grimacer quand elle chante et même l’applaudir en souriant : la Mort est un châtiment plus doux.
Bref. initialement, je devais juste faire une brève sur l’incongruité des cinq ans d’inéligibilité superposés aux sept ans de taule… Je sens que je vais encore me faire engueuler par le Rédac’Chef moi… Pour celleux qui ont réussi à tenir le coup jusqu’ici, bravo à vous, et comme vous semblez aimer ça, vous pouvez toujours aller lire les centaines d’articles de Médiapart dédiés aux œuvres complètes de Nico l’Embrouille ou à leur film “Personne n’y comprend rien”. Quant à moi, je vais aller me coucher. (Mal au crâne…)
Ah, au fait… J’ai failli oublier de vous dire que la Constitution de 1958 c’est de la merde et qu’il fallait qu’on en écrive une autre…
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À propos de l'auteur(e) :
Uhm
Noir comme la liberté des anarchistes. Rouge comme l’égalité des communistes. Vert comme la fraternité des humanistes. Énervé comme un homme de gauche dans un monde ravagé par le capitalisme. Misanthrope de désespoir.