Politique

Réponse à la tribune de la majorité municipale

Publié le 03 oct. 2026 à 06:52 | Écrit par
La Rédac'
| Temps de lecture : 08m45s

Peut-on encore faire la fête sans tout politiser ?

Apparemment, on ne peut surtout plus poser de questions à la majorité municipale.

Nous avons lu avec attention la tribune signée par l’ensemble de la majorité dans la gazette distribuée à tous les Dolois.

Et nous devons commencer par vous remercier.

Parmi tout ce qui s’est passé à Dole cet été, c'est manifestement notre mobilisation que la majorité municipale a le moins réussi à oublier.

C’est flatteur.

Et finalement assez révélateur.

Car pour une poignée de prétendus « donneurs de leçons », de « censeurs » et de « militants » dont vous voudriez faire croire qu’ils ne représentent personne, nous avons droit à une tribune entière, signée collectivement par votre majorité, dans une publication distribuée dans toutes les boîtes aux lettres de la ville.

Merci donc pour cette reconnaissance.

Mais puisque vous avez choisi de parler de nous aux Dolois, permettez-nous de rétablir quelques faits.

Nous n’avons pas dicté aux Dolois ce qu’ils devaient faire ou ne pas faire. Nous avons demandé à la mairie de faire son travail.

Notre démarche concernant le Canon français était claire.

Elle a été publique.

Elle a été assumée.

Elle a recueilli 518 signatures.

Et surtout, contrairement à ce que votre tribune laisse entendre, nous n’avons jamais demandé l’annulation de l’événement.

Nous avons demandé des réponses, des garanties et de la transparence concernant la sécurité et le déroulement de ce rassemblement.

Nous n’avons jamais prétendu décider à la place des Dolois de ce qu’ils doivent écouter, regarder ou fréquenter.

Nous avons simplement considéré que lorsqu’un rassemblement de plusieurs milliers de personnes est organisé dans une ville, les habitants sont légitimes à poser des questions sur les conditions dans lesquelles il est accueilli.

C’est cela, la démocratie.

Pas la censure.

Pas l’interdiction.

Pas le procès en sorcellerie.

Le débat.

Et avant même d’avoir pris la peine de nous répondre, vous avez choisi de nous étiqueter.

Voilà un élément que votre tribune oublie soigneusement.

Lorsque notre mobilisation a commencé, plutôt que de prendre contact avec nous, de nous recevoir, d’échanger ou simplement de répondre aux questions que nous posions, Monsieur le Maire a choisi de nous répondre par voie de presse, avant même que nous le sollicitions.

Et pas n’importe comment.

Dans la presse, il a présenté notre démarche comme « une campagne militante orchestrée par l’extrême gauche ».

Voilà donc votre conception du dialogue avec les citoyens qui vous interpellent.

Pas de rendez-vous.

Pas d’échange.

Pas de discussion.

Une étiquette, comme un épouvantail, livrée en pâture dans la presse.

« Extrême gauche ».

C’est seulement ensuite que nous vous avons remis notre lettre ouverte, précisément pour poser publiquement, noir sur blanc, les questions auxquelles nous demandions des réponses.

Il est donc assez savoureux de vous lire aujourd’hui dénoncer les « procès d’intention ».

Parce que le premier procès d’intention, ce n’est pas nous qui l’avons fait.

C’est vous.

Nous avons posé des questions.

Vous avez commencé par nous classer politiquement.

Nous avons demandé un débat.

Vous avez répondu par une caricature.

Nous avons demandé des garanties.

Vous avez répondu par une étiquette.

Et maintenant, plusieurs semaines plus tard, toute votre majorité signe une tribune pour nous expliquer que ce seraient les autres qui « politiseraient » la fête.

Il faut quand même avoir une sacrée conception de la démocratie pour fonctionner ainsi.

Parlons maintenant de responsabilités.

Il y a une autre déclaration que nous n’avons pas oubliée.

Monsieur le Maire a expliqué publiquement à la télévision ne pas être responsable de l’ordre public à Dole.

Cette déclaration mérite d’être mise en regard des compétences municipales.

Le maire est chargé de la police municipale, laquelle concourt notamment au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité et à la tranquillité publiques, notamment lors des grands rassemblements, réjouissances et spectacles.

Bien évidemment, les compétences en matière de sécurité sont partagées avec l’État et le préfet.

Mais faire comme si la municipalité n’avait aucune responsabilité dans ces questions est pour le moins surprenant.

Alors soyons très clairs.

Nous avons fait notre travail.

Nous avons alerté.

Nous avons questionné.

Nous avons documenté.

Nous avons recueilli des signatures.

Nous avons porté publiquement les inquiétudes de citoyens.

Nous avons assumé notre responsabilité de citoyens et de syndicalistes.

Il serait peut-être temps que la majorité municipale assume pleinement les siennes.

Nous ne vous demandons pas d’être à notre place.

Nous vous demandons simplement d’être à la vôtre.

Nous faisons notre travail.

Il serait temps que vous fassiez le vôtre.

Le rôle d’un maire ne commence pas lorsque tout s’est bien passé.

Dans votre tribune, vous semblez considérer que puisque les événements ont finalement rassemblé du monde et qu’aucun incident majeur n’a été constaté, les questions que nous avions posées deviennent automatiquement illégitimes.

C’est une drôle de conception de la responsabilité publique.

La prévention consiste précisément à anticiper, encadrer, prévenir et répondre aux inquiétudes lorsqu’elles sont exprimées.

Et lorsqu’un événement se termine sans incident, cela signifie simplement qu’il n’y a pas eu d’incident.

Cela ne transforme pas rétroactivement toutes les interrogations précédentes en absurdités.

Un événement qui se déroule correctement ne donne pas, à lui seul, raison à ceux qui refusaient de répondre aux questions qui le précédaient.

Quant aux 13 500 personnes dont vous vous félicitez…

Vous additionnez les quelque 11 000 personnes venues au concert d’Amir et les quelque 2 500 participants au Canon français pour conclure que ces deux événements constituent à eux seuls « la meilleure réponse » à ceux qui vous interpellent.

Soyons sérieux.

Un concert n’est pas un référendum.

Un banquet n’est pas un référendum.

Et le nombre de personnes présentes à une manifestation festive ne constitue certainement pas un vote de confiance envers la politique municipale.

Les Dolois sont venus faire la fête.

Tant mieux.

Nous sommes heureux qu’ils aient pu le faire dans de bonnes conditions.

Mais ne faites pas dire aux participants à ces événements ce qu’ils n’ont jamais dit.

Venir à un concert ne signifie pas approuver toutes les décisions municipales.

Venir au Canon français ne signifie pas approuver la politique de la majorité.

Et ne pas participer à ces événements ne signifie évidemment pas être contre la fête.

Transformer la fréquentation d'événements festifs en démonstration politique est précisément ce que vous prétendez dénoncer.

Et puis il y a cette curieuse conception du mandat électoral.

Vous avez été largement élus.

C’est un fait.

Nous ne contestons évidemment pas ce résultat.

Mais une élection ne constitue pas un blanc-seing.

L’abstention existe et elle est loin d’être marginale.

Près d’un électeur dolois sur deux ne s’est pas déplacé lors du dernier scrutin municipal.

Cela ne retire absolument rien à votre légitimité institutionnelle.

Mais cela rappelle une évidence démocratique :

être élu largement ne signifie pas avoir reçu un mandat pour tout décider, tout approuver ou tout interpréter au nom de l’ensemble des Dolois.

Les électeurs qui ont voté pour votre liste n’ont pas signé un contrat disant qu’ils approuvaient chacune de vos décisions pour les six années suivantes.

Un électeur peut voter pour une équipe et être en désaccord avec certaines de ses décisions.

C’est aussi cela, la démocratie.

Un mandat électif donne le pouvoir de décider dans le cadre légal.

Il ne donne pas le monopole de la vérité.

Il ne dispense pas du débat.

Il ne dispense pas de l’écoute.

Et il ne dispense certainement pas de rendre des comptes.

Nous ne prétendons pas parler au nom de tous les Dolois. Mais vous non plus, vous ne pouvez pas honnêtement prétendre cela.

Voilà peut-être le point qui vous dérange le plus.

Nous ne prétendons pas être « les Dolois ». Nous sommes des Dolois, parmi d'autres. Des citoyens. Rien de plus, rien de moins.

Nous parlons en notre nom, au nom de celles et ceux qui nous ont rejoints et des personnes qui ont signé notre démarche.

Vous, en revanche, utilisez votre majorité municipale et un moyen de communication municipal pour répondre publiquement à vos contradicteurs.

Alors ne venez pas nous reprocher d’occuper l’espace démocratique.

Vous avez les moyens institutionnels.

Nous avons notre parole.

Vous avez la gazette municipale.

Nous avons notre capacité à nous mobiliser.

Vous avez une majorité municipale importante.

Nous avons le droit de poser des questions.

Et aucune majorité, aussi large soit-elle, ne devrait considérer que le débat démocratique s’arrête au soir de l’élection.

Ce qui est finalement fort savoureux dans votre tribune, c’est que vous nous accusez de tout politiser… tout en nous consacrant une tribune politique.

Vous dénoncez ceux qui chercheraient « partout un motif de division ».

Puis vous consacrez une partie de votre communication municipale à désigner vos

contradicteurs.

Vous dénoncez les « procès d’intention ».

Puis vous nous attribuez des intentions que nous n’avons jamais exprimées.

Vous dénoncez ceux qui voudraient « décider à la place des habitants ».

Puis vous prétendez savoir ce que les habitants pensent lorsqu’ils participent à un concert ou à un événement.

Et vous invoquez enfin « la liberté et la libre conscience ».

Nous sommes parfaitement d’accord.

La liberté de conscience vaut aussi pour ceux qui ne pensent pas comme vous.

La liberté vaut aussi pour ceux qui questionnent vos choix.

La démocratie vaut aussi pour ceux qui vous contredisent.

Alors, merci. Vraiment.

Merci de nous avoir accordé autant de place dans votre gazette.

Merci d’avoir démontré, par cette tribune, que notre mobilisation n’était finalement pas aussi insignifiante que vous voulez bien le laisser croire.

Parmi tout ce que Dole a vécu cet été, vous avez choisi de retenir notre mobilisation.

Nous en sommes presque honorés.

Mais puisque vous avez choisi de nous répondre publiquement, nous vous invitons simplement à faire preuve de la même énergie lorsqu’il s’agit de répondre aux questions de fond.

Nous continuerons à faire notre travail.

À alerter lorsqu’il nous semble nécessaire de le faire.

À poser des questions.

À défendre nos convictions.

À représenter celles et ceux qui nous sollicitent.

À exercer notre liberté de conscience.

Sans demander à personne de penser comme nous.

À vous maintenant d’exercer votre mandat avec la même exigence.

Car une majorité municipale n’est pas propriétaire de la ville.

Un maire n’est pas propriétaire de la parole publique.

Et une élection, même très largement remportée, n’est pas un « va-tout » démocratique autorisant à considérer toute contestation comme illégitime.

Vous avez été élus pour décider.

Vous n’avez pas été élus pour empêcher les autres de questionner vos décisions.

Vous avez été élus pour représenter les Dolois.

Pas pour décider lesquels sont des citoyens respectables et lesquels mériteraient d’être étiquetés « extrême gauche ».

Nous continuerons donc à faire notre part.

Vous nous accusez de vouloir décider à votre place.

Non.

Nous vous demandons simplement d’assumer vos responsabilités, depuis la place qui est la vôtre.

Et puisque votre tribune se termine en opposant la liberté à ceux qui questionnent vos choix, nous vous laisserons sur une évidence :

La liberté que vous revendiquez pour les Dolois doit aussi inclure la liberté de ne pas être d’accord avec vous.

Même quand cela vous dérange.

Même quand cela vous oblige à répondre.

Même quand cela vous oblige à regarder en face ceux que vous préféreriez pouvoir réduire à une simple étiquette politique.

Nous continuerons à parler.

Vous pouvez continuer à nous qualifier de ceci ou cela.

Mais entre une étiquette et un débat, nous avons choisi depuis le début.

Pour nous, ce sera le débat.

SUD Santé Sociaux 39

Bérénice Lugand-Jacob, co secrétaire 



À propos de l'auteur(e) :

La Rédac'

Donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, voilà une noble cause ! Les articles de la Rédac' donnent le plus souvent la parole à des gens que l'on croise, des amis, des personnalités locales, des gens qui n'ont pas l'habitude d'écrire, mais que l'on veut entendre...

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