Votez LFI !
Louis se hâte de l’écrire : Votez LFI ! Il se hâte parce que, au vu des derniers faits mis en scène par la caste médiatico-politique, rien n’empêche de penser qu’une interdiction de La France Insoumise soit possible dans des temps proches. Et donc, qu’appeler à voter LFI devienne un délit. Le déchaînement des attaques contre le parti de Mélenchon, lancées par les médias de l’extrême-droite et relayées par la presse « humaniste », du Monde à Libération, bref par 99 % des médias, est sans limites, sans bornes.
Rappelons que le déclencheur de cette furia est la mort d’un militant néofasciste, à Lyon, dans des circonstances non encore éclaircies. Pour l’instant, personne ne peut affirmer que cette mort, évidemment injustifiable, soit en relation directe avec l’intervention de Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, ni que les responsables de l’agression aient reçu des consignes de LFI. La presse d’extrême-droite, reprise par la presse humaniste, dit : puisque la rixe ayant conduit au décès s’est déroulée en un temps et en un lieu (relativement) proches de la conférence donnée par la députée européenne, puisque certains des mis en cause sont liés au parti de Mélenchon, alors nous pouvons affirmer que les responsables, moraux, d’abord, puis juridiques, ensuite, sont les cadres de LFI, et Mélenchon, au premier chef. En conséquence, ils doivent être condamnés, moralement, puis judiciairement.
On ne peut pas ne pas voir la délectation perverse avec laquelle cette presse, en s’attaquant aussi violemment au parti de Mélenchon, semble nous dire : « Enfin, nous allons lui faire la peau, enfin, nous allons l’abattre, celui qui n’a jamais accepté de plier devant nous, celui qui se permet de douter de notre compétence, de notre honnêteté, de notre objectivité ». Louis n’est pas membre de LFI, il est parfois en désaccord avec Mélenchon, mais sur ce point-là, il lui reconnaît une parfaite appréciation de la situation : oui, la presse est incompétente, malhonnête et au service d’intérêts particuliers et d’une idéologie de droite extrême.
La question est : quels intérêts la presse défend-elle en s’en prenant ainsi à LFI ? Quelle idéologie exprime-t-elle à travers ces attaques ?
La réponse à la première question est simple : elle défend les intérêts des dominants, de ceux qui ne veulent rien changer, sauf à la marge, à la marche du monde, c’est-à-dire au capitalisme néolibéral ou, pour parler comme Marx, elle défend la bourgeoisie et ses alliés. Le point d’accord de tous les ennemis de LFI est clair, du RN aux socialistes hollando-glucksmanniens : ne pas toucher au cœur du réacteur, à la recherche du profit, préserver à tout prix le conatus capitaliste, vivre chacun pour soi et mettre à bas tous les collectifs, toutes les solidarités. Remettre en cause ce mode de production, imposer une redistribution équitable des richesses, redonner une réalité à la souveraineté du peuple, autant de buts et de finalités qui sont refusés, rejetés ou abandonnés par tous ceux qui s’associent dans la haine du parti de Mélenchon. Interprétées d’un point de vue d’éditorialiste médiatique, les nuances entre RN, macronistes, centristes et libéraux-socialistes peuvent paraître nombreuses et variées, mais rapportées à la seule question qui compte vraiment : faut-il conserver les principes du système actuel ? elles s’évaporent et l’unité des thuriféraires du capital crève désormais les yeux, c’est cela qui se manifeste dans l’anti LFIsme. L’ironie étant que c’est Bardella qui l’exprime naïvement ces derniers jours, en appelant à un front républicain relooké. Tous unis contre LFI aux élections à venir ! Traduisons : peu importe qui gouvernera, ce sera toujours la même chose, et c’est ce que nous voulons, servir la machine économique en place. Les divergences portent seulement sur les endroits où il faut la huiler pour la rendre encore plus efficace.
L’idéologie qui se dévoile ainsi est limpide : mettre au service exclusif du capitalisme les institutions de l’État. Au fond, ce qui agace les adversaires de LFI, c’est que ce parti prône la conquête du pouvoir par les urnes. Or, la démocratie parlementaire, fondée sur le suffrage universel, s’est révélée, au fil des années, une forme de régime parfaitement soluble dans le capitalisme. Celui-ci a su capter les populations, mettre à son service les administrations et faire des citoyens les meilleurs soutiens de sa domination. Voter une fois tous les cinq ans apparaît comme l’acte démocratique majeur, le reste du temps, les dits citoyens abandonnent le gouvernement aux auto-proclamées élites. Celles-ci, plutôt qu’essayer de réformer une démocratie purement formelle, s’efforcent de minimiser, chaque fois davantage, le moment électoral ou d’en neutraliser les effets (par exemple, Macron ne nomma jamais un Premier ministre de gauche après la dissolution de juillet 2024), voire de les nier carrément (ce que fit Sarkozy après le référendum de 2005). LFI est devenu, (sous la stratégie de JLM) le seul danger qui menace (menaçait ?) ces politiques, en jouant la carte du suffrage universel, par un risque de victoire électorale. L’occasion est trop belle de l’expulser définitivement de cet horizon et d’en revenir à des élections dont on est certain qu’elles ne changeront rien aux conditions de la domination des puissants et ne mettront pas en péril les bénéficiaires éhontés de la machine capitaliste.
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À propos de l'auteur(e) :
Stéphane Haslé
Convaincu que l’universalisme est une particularité nationale, je me considère comme un citoyen français du monde (intellectuel), définition possible du philosophe. Agressé chaque jour par les broyeurs à idées qui nous environnent, je pense que la résistance, même désespérée, ne doit pas être désespérante.