Des jours en vrac
Il y a quelques jours, un candidat présent sur une liste de gauche en vue des imminentes élections municipales a été agressé par un autre candidat, présent celui-là sur une liste d’extrême droite, au prétexte que le premier a traité le second de facho. Passés les cris d’orfraie d’un cénacle inculte composé de républicains auto-proclamés qui croient qu’une élection est une promenade de santé et ignorent qu’il y a quelques dizaines d’années le collage d’affiches électorales se faisait sous la protection de gros bras armés de bâtons, cet épisode rejoignit l’oubli dont il n’aurait pas dû sortir. Depuis je me demande pourquoi des gens dont les idées et les actes descendent en droite ligne des délires de Mussolini et qui se revendiquent d’une proximité avec Giorgia Meloni, se sentent offensés quand on les traite de fachos.
Est-il imaginable que des communistes s’offusquent quand on les appellent cocos ? Au NPA, s’est-on formalisé d’être des gauchos ? J’essaie de comprendre.
1- Les fachos sont complètement incultes et ignorent que la bouillie qui leur sert d’idées existait avant eux.
2- Ils (et elles évidemment) croient que facho est un mot inventé par la psychanalyse et donc par ce médecin… mais non, puisque qu’on leur a dit qu’aujourd’hui, c’est plus eux les antisémites.
3- On leur a dit en haut lieu (c’est-à-dire du côté de chez Le Pen) que le Rassemblement National est maintenant à droite et républicain comme Ciotti et Wauquiez. Ce qui est à la fois vrai et faux puisqu’ils sont bien pareils sans pour autant être républicains.
4 - Un mélange en vrac de tout ça.
Cela me rappelle un passage du « Pendule de Foucault », le roman d’Umberto Ecco. Vers le milieu du livre on évoque les Rose+Croix, société tellement secrète qu’on se demande si elle a seulement existé, et de leurs avatars, les rosicruciens. Pour rester cachés, les Rose+Croix devaient évidemment nier leur appartenance à la secte, mais pour se faire valoir les rosicruciens se vantaient d’en être, donc quand un individu (il n’y avait pas de femmes à cette époque de la Renaissance dans ce genre de manigance) affirmait être Rose+Croix c’est qu’il ne l’était pas ou qu’il était juste rosicrucien, et quand il niait l’être c’est qu’il l’était. Très rapidement, les plus malins ont compris que pour vraiment dissimuler leur appartenance à la Rose+Croix, ils devaient affirmer en être pour qu’on croit qu’ils n’étaient que rosicruciens. Ou rien du tout.
Et pour finir je ne résiste pas au plaisir de rappeler « Frankenstein Junior » que Mel Brooks a réalisé en 1974 avec Gene Wilder dans le rôle du docteur Frederick Frankenstein et Marty Feldman dans celui d’Igor, le bossu malfaisant. On y trouve ce dialogue que j’ai traduit pour ne pas offenser les plus américanophobes de nos lecteurs (I beg your pardon, Donald).
« Docteur Frankenstaïne ?
- Fronkonstine.
- Vous plaisantez.
- Non. Ça se prononce Fronkonstine.
- Vous dites aussi Frodorick ?
- Non. Frederick.
- Alors pourquoi ce n’est pas Frodorick Fronkonstine ?
- Parce que ça ne l’est pas. C’est Frederick Fronkonstine.
- Je vois.
- Vous devez être Igor.
- Non. Ça se prononce Aïgor. »
Il faudra s’habituer aux jours en vrac.
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À propos de l'auteur(e) :
Jean-Luc Becquaert
Né dans une famille aimante et néanmoins de droite, j'étais destiné à une (brillante) carrière de DRH ou de responsable qualité dans la grande distribution. Ma rencontre à 18 ans avec l’éducation populaire dans une cave du XVIIIème (siècle) transformée en théâtre m’a définitivement détourné du libéralisme. Aujourd’hui, mon seul point commun avec Jacques Chirac, c’est le goût de la bière et de la tête de veau.