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Comment un Bar Populaire, l’air de rien, peut ressusciter une ville morte.

Publié le 10 avr. 2026 à 17:10 | Écrit par
Robot Meyrat
| Temps de lecture : 08m24s

Une pétition de soutien circule pour empêcher la fermeture du Meltingpotes, si tu ne l'as pas déjà signée, tu peux le faire ici https://www.facebook.com/MeltingpotesDole/posts/pfbid02sqsdmiPWCqy8wArh8KbzvHhthiWXSyUmADMFUFDrQXPQJsgSXi9MS3b1VyHCVRool Merci.

Depuis quelques mois à Drôle, pour toute une partie de la population, le soir n’est plus synonyme du désespoir de devoir s’enfermer dans sa solitude. On dirait que le meltingpotes a toujours été là. Ma mémoire me faisant défaut, j’ai remonté le fil de son mur fakebook en vain, vu le nombre d’événements qui y ont déjà eu lieu, c’était trop fastidieux de continuer de remonter le temps pour retrouver la date d’ouverture... Début 2025 ? On ne se rend compte souvent de l’importance de quelque chose ou de quelqu’un dans notre vie, que quand iel disparaît. Jeudi 19 mars, nous avons eu de sales sueurs froides qui ont coulé dans nos dos, quand le Meltingpotes s’est retrouvé en danger.
Ce n’est pas la première fois, que je parle de ce bar dans nos pages : en octobre dernier, c’était pour annoncer un concert là-bas pour Samhain. Dans la nouvelle Introspection, une des scènes s’y déroule aussi. Donc, je vais essayer de ne pas radoter.
Qu’est-ce qu’un bar populaire ?
- Un lieu qui propose des boissons à un tarif accessible.
Peut-être que certainEs amiEs sont mauvaises gestionnaires ou plus sûrement, iels se sont faitEs arnaquéEs par les banques et leur saleté de crédit. Ou encore, juste que dans la société actuelle, si tu viens d’un milieu modeste, c’est la galère pour démarrer dans la vie. La réalité est que de plus en plus de personnes travaillent et n’ont pourtant pas de quoi manger correctement en fin de mois. Alors, même si ce n’est pas une grosse différence, tu la sens bien en fin de mois... et sortir n’est souvent pas une option, mais la seule façon de décompresser pour celleux qui veulent pas agoniser devant un écran, une bouteille dans une main, une clope qui fait rire dans l’autre, une seringue dans le bras ou simplement avec un petit comprimé psychoactif, pour ne pas que ta bouche soit tentée de trop se plaindre... et que tu rapportes des sous aux premiers bénéficiaires d’une société déprimante. C’est curieux que ceux qui empoissonnent l’agriculture soient aussi ceux qui fabriquent de quoi survivre aux poisons et que, comme par hasard, ils aient le soutien total des politiciens. Poison d’avril ! Je digresse et je sentais bien que ça risquait de finir en queue de poisson. Mars touche à sa fin et quand d’autres, c’est les sous, moi, c’est l’énergie qui se fait rare.
- Un lieu ouvert qui laisse jouer aussi bien les gamins à peine sortis des Caves, que le bœuf du coin, ou les groupes un peu brinquebalants qui n’ont qu’un chanteur enregistré, voir même ceux un rien handicapés qui viennent faire la catharsis de leurs délires schizophréniques. En fait, on dirait même qu’au Meltingpotes, à part les racistes, homophobes, sexistes, etc. (Faut-il rappeler encore que ce sont des délits, pas des opinions ?), tout le monde est accueilli à bras ouverts.
- Un lieu de mixité sociale, où l’apprenti ouvrier peut se tailler une bavette avec une prof incognito, où le pauvre côtoie le à peine moins pauvre, dans la bonne humeur. Évidemment, tu n’y verras pas les profiteurs bien corrompus du système d’exploitation, les bar à vins ou autres salons de thé sont très bien pour cet entre-soi, issu du genre d’esprits qui oublient que confort, sécurité, compétition etc. riment avant tout avec mort... de soi et des autres. J’ai même ouï-dire qu’il y a un club select que « sur invitation » pour les soutiens les plus proches des dirigeants de cette ville.
As above so below… Donc pour résumer un bar populaire est un lieu de vie. Un espace pour sortir de nos clapiers. Pour lâcher prise aussi, où on peut tomber le masque, grimacer quand on souffre ou se poiler quand plus rien n’a de sens, être soi et pas un numéro derrière cette saleté de masque social qui nous empêche de respirer. Être libre d’être fou et plus on est de fous, plus on est fou, ha ha. Vive la folie, plutôt que le contrôle. Ce même contrôle, qui vient en tenue faire respecter la loi (que seuls les pauvres sont tenus de respecter évidement), avec la violence de ceux qui ont le pouvoir. On pourrait peut-être continuer de jouer moins fort, non ? Ah, le préfet a été prévenu, nous n’avons pas le choix. Le taulier justement a toujours été aux petits soins avec ses voisins :
- Si jamais ça fait trop de bruit, vous n'hésitez pas à me prévenir, on s’adaptera pour ne pas déranger. Et de toute façon, passé dix heures, le silence reprend possession de la nuit. Bref, des gens qui essayent juste de pouvoir vivre, quand d’autres préfèrent faire appel aux autorités, à la loi du plus fort, celui qui a le fric ou lèche bien les bottes de l’édile... Tu as entendu parler des plaintes pour le Spritz, tu es surprisE que cela ce soit mystérieusement arrangé ?
C’est clair que ce monde est salement binaire, comme l’a très bien montré l’épisode politique local qui vient de laisser plus d’unE amiE sur le carreau, car quand tu donnes de toi pour toustes et que tu te prends un revers bien costaud, ça fait mal, ça blesse. Après, ce n’est donc qu’un retour à la réalité. Il ne suffit pas d’être appliqué, de faire du mieux qu’on peut. On vit dans un monde de com’, traduire par « de mensonges » pour être bien précis. Ça veut dire, que si tu veux faire de la politique, tu ne peux pas te contenter de faire bien, d’être honnête et te soucier de l’intérêt commun. Il faut être prêt à tout, tricher, faire des coups bas, déformer les faits, etc. : embobiner l’électorat. Car en face, c’est ce qu’ils font et c’est bien pour ça que le monde reste tel qu’il est. Cela me rappelle ce passage du Mahābhārata, quand le pauvre roi perd tout ce qu’il a, car les dés sont truqués. Ou alors, si vraiment tu veux te la jouer disruptif, il ne faut pas le faire à moitié, pas d’alliance de circonstance, un vrai projet contre la corruption des politiciens : radical. Le soir des résultats de l’élection, j’ai été dans cette salle blindée, pleine de gens qui étaient là pour drainer des privilèges, contrats, subventions, se faire bien voir, s’afficher du bon côté, celui des gagnants. Même si, à l’échange, ils y perdent... leurs âmes. La corruption, à part tous les parasites, qui vivent de ce système, qui en veut dans cette ville ? Sauf qu’il ne suffit pas de dire non, de s’opposer, il faut aussi le montrer. Et ça, tu peux faire des promesses, tant que les gens ne te voit pas agir différemment, pourquoi ils croiraient des politiciens ? De toute façon, si tu es vraiment différentE, tu ne fais pas de politique. Tu agis pour le monde que tu veux construire et la façon la plus efficace que j’ai trouvée, c’est justement en dehors : Outsider. Une amie qui participe au resto trottoir s’est prise un bon score de république bananière dans son village. Suite à ce résultat, les membres de sa liste ont décidé de monter une asso pour réaliser les projets qu’ils souhaitaient proposer. C’est une belle façon de rebondir, monter nos propres communes, pour remplacer les communes de la corruption. Et si celles-ci viennent nous chercher des noises, défendre becs et ongles notre droit de vivre en dehors de tout leur système mortuaire. Ça, c’est fluide, Bruce Lee style, si on t’empêche d’exister, tu trouveras une autre façon de survivre. On va pas se pendre quand-même ? Sur Drôle, on pourrait faire plus ou moins pareil, si et si seulement, on est capable de s’entendre, de coexister, d’ajouter nos différences, plutôt que de les retrancher, par un véritable projet de vivre ensemble, pas consensuel, radicalement opposé à la corruption du capitalisme, pas de la théorie, mais des pratiques bien concrètes que tu mets bout à bout. Pour monter une commune alternative. D’ailleurs, petit rappel, il y a déjà un forum en place, avec agenda et revue de presse. https://www.horsnorme.org/alterdole/
Tu veux vivre dans une ville qui te donne envie de vivre ?
Tiens, voilà des clefs pour œuvrer en commun, je ne te parle pas juste de vouloir changer les choses, mais de commencer à changer ta façon de faire, pour changer les choses. Après, oui, c’est différent, on ne peut pas faire semblant, c’est pas facile, cela demande de persévérer, mais tu ne seras pas seulE à avoir envie de vivre. Et le tunnel peut être long, ce sera toujours mieux, que de rester dans une nuit sans étoiles.
Il y a un voisin du bar populaire, le même qui écrivait en commentaire de l’article de la Croix du Jura sur les réseaux asociaux que c’est normal, c’est de la liberté d’expression, que des fachos aient collé leurs autocollants sur ce bar, il y a quelques semaines. Le même, qui arrache les affiches du resto trottoir, car il a bien compris que se positionner pour la solidarité, l’entraide et le partage, s’opposer à la guerre et faire découvrir des recettes végétariennes, se réunir entre gens de tous horizons, c’est précisément une forme de lutte antifasciste. D’ailleurs, en parlant de fascisme, on a appris dans la grande presse, il y a quelques jours que toute la mise en scène pour truquer les élections municipales avait été, semble-t-il sans aucun doute possible, savamment orchestrée avec le soutien du ministre de l’intérieur. Eh oui, une équipe surveillait la rixe, ils savaient parfaitement que Quentin D. n’avait pas été agressé comme cela a été présenté dans les médias, selon le storytelling des fausses féministes et vraies néo nazies Némésis, pour manipuler l’opinion. Dans un semblant de démocratie, ce serait un vrai Watergate, non seulement le ministre sauterait, mais le président aurait peu de chance de rester en place. Je suppose que la démocratie parlementaire était déjà morte à l’époque des Gilets Jaunes, quand quelques dizaines de centimes suffisaient encore à faire se soulever les travailleurs las d’être exploités à longueur de fausse vie. Aujourd’hui, à plus de 2 euros le litre, personne ne moufte. Le terrorisme du gouvernement, répression par la violence et la prison ne laisse aucune place au moindre soulèvement. Déjà, pour se soulever, il faudrait comprendre que ce n’est pas pour des idées, mais bel et bien pour survivre, coûte que coûte, car dans quelques années, avec les outils actuels, si nous laissons faire les politiciens, qui protègent les milliardaires, qui font fortune sur notre dos... d’une façon ou d’une autre, ils auront notre peau.

Robot Meyrat, lundi 30 mars 2026.



À propos de l'auteur(e) :

Robot Meyrat

Éternel débutant, Chercheur de singularités, Créateur de chimères, Expérimentateur d’inédits. Inscrit dès la naissance à l’école de la Vie. Il m’arrive d’être drôle à mon insu. Je suis mon chemin. Résister au courant principal jusqu’à la Mort et au-delà.

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