Politique

Nathalie Arthaud : on renverse le capitalisme, mais on garde la Ve République ?

Publié le 21 oct. 2026 à 17:26 | Écrit par
Léandre
| Temps de lecture : 03m22s

Après l’extrême-centre, qui m’avait endormi le dimanche 11 octobre, je poursuis ma tournée des candidats à la présidentielle, ce mardi 20 octobre. Changement d’ambiance : Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière, nous faisait l’honneur de sa venue aux Mesnils pour une réunion publique.

Escorté par le rédac’ chef de Libres Commères, je me suis donc rendu salle Brassens, toute parée de rouge pour l’occasion, avec en guise de décoration les portraits de Trotsky, Marx et Lénine. C’était quand même plus chaleureux qu’au Parti Radical.

Côté public, là aussi, rien à voir avec les groupies d’Attal et de Philippe. Ici, l’assemblée d’une vingtaine de personnes était plus diverse : des vieux, des jeunes, des habitants des Mesnils. Sur la forme aussi, c’était nettement mieux. Installés en cercle, pour laisser toute la place au débat et aux échanges entre le public et l’héritière d’Arlette Laguiller, avec une réelle proximité.

Et même pour le fond ça démarrait bien, avec un rappel utile de la réalité de la lutte des classe et que la seule action véritablement efficace pour obtenir des avancées sociales, ce n'est pas la manif, la casse ou la pétition (on a vu à de multiples reprises à quel point le pouvoir se torche avec), mais la grève.

Sauf que Nathalie Arthaud l’admet elle-même : la grève est un combat difficile. C’est là que notre Boss est entré en scène, pour poser une question bien concrète : « Quels mots utiliser pour convaincre les collègues à la cafèt’ le midi ? Parce que le mot “combat”, ça les effraie d’entrée. Et si vous leur parlez de communisme, alors là, il n’y a plus personne. » Et c’est là que la trotskiste a commencé à décevoir, esquivant la question pour se contenter d’affirmer que les travailleurs « ont la rage et n’ont pas peur d’aller au combat, justement ». Comme le faisait remarquer le Boss à la sortie, ça doit faire longtemps qu’elle n’a pas traîné en entreprise...

Un peu plus tard, la question des prix de l’essence est abordée. « Ce n’est pas Macron qui décide de les augmenter, mais les grands patrons, ce sont eux qui décident des prix ! », lance Nathalie Arthaud. Alors, sans doute, les géants pétroliers s’en mettent-ils plein les fouilles. Mais faire comme si un petit détroit bloqué depuis huit mois grâce au grand stratège Donald Trump, ça n’avait aucune influence sur les cours du brut et les prix à la pompe, c’est tout de même prendre son public pour des idiots.

C’est d’ailleurs le sentiment que j’ai souvent eu pendant cette réunion. Lorsqu’elle s’adressait à un public populaire et plus terre à terre, j’avais l’impression qu’elle simplifiait excessivement les enjeux et qu’elle cherchait surtout à ne pas les contredire, ni même à pousser leur réflexion plus loin. Comme si leur parole devait être validée automatiquement, non pas pour ce qu’elle disait, mais parce qu’elle venait des classes populaires. J’ai trouvé ça infantilisant.

Le rédac’ chef, lui, ne tenait plus. Il a fini par exposer son plan pour 2027 : faire gagner Mélenchon afin d’obtenir le point le plus intéressant de son programme, la Constituante et l’abolition de la Ve République. Et là encore, la réponse de Nathalie Arthaud a été pour le moins lunaire. À l’idée d’en finir avec la Ve République, elle semble opposer un refus, avant de lâcher que « la Constitution, ce n’est pas le problème ». Ah bon ? Mais comment tu l’organises ta société révolutionnaire sans Constitution ?

Le Boss n’a pas pu s’empêcher de citer Bernard Friot, aussitôt qualifié de social-démocrate par notre militante de LO. À croire qu’elle ne connaissait pas vraiment le bonhomme, ni ce qu’il propose. Un autre participant a alors lancé, faisant allusion à Friot : « On les emmerde, ces intellectuels de gauche ! » Outré, notre Boss lui a alors rétorqué avec ironie : «Mais Lénine et Trotsky, c’étaient bien des intellectuels de gauche ! »

Bref, ce fut une bonne soirée d’échanges, vivante et autrement plus intéressante que la sieste d’Attal Borne et Philippe. Mais il reste cette frustration de voir Lutte ouvrière camper aussi fermement sur ses positions, quitte à écarter d’un revers de main les idées qui sortent un peu de la ligne officielle. Mais c’est sans doute aussi cette discipline de fer qui fait sa force, et lui permet d’être présent à toutes les présidentielles.



À propos de l'auteur(e) :

Léandre

Néo-dolois radicalisé. Je dessine des personnages avec des gros yeux.

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