Cette blessure dans les « blessures principales » est en 5ème position mais elle est sous-jacente et en lien avec la blessure du ″rejet″.
Comme mentionné et je le rappelle, dans les définitions qui sont données et dans leurs interprétations, il est nécessaire d’avoir un certain recul et de ne pas chercher à s’identifier à une blessure en particulier car bien que nous en soyons porteurs, elles s’expriment dans chaque individu avec plus ou moins de combinaisons entre elles.
Donc la Cinquième qui va se mettre en place sera celle de « l‘INJUSTICE ».
Cette blessure va se mettre en place en parallèle avec la blessure du rejet, entre la 4ème année et la 6ème année et comme pour les autres blessures la plage du temps n’est pas fixe mais se situe dans cet intervalle.
D’un point de vue général, il semble que la blessure d’injustice soit activée par le parent du même sexe. Il se trouve aussi que dans cette période du développement et du langage, l’enfant commence à sortir de l’inné et découvre inconsciemment l’acquis. À ce stade, le parent qui est du même sexe que lui est un modèle que l’enfant observe. Même s’il commence à mieux comprendre les mots et les phrases avec des définitions qu’il commence à maitriser partiellement, il n’en demeure pas moins que les nuances et les subtilités d’adultes à son égard demeurent floues. L’enfant est encore dans cette période où le monde se limite à lui-même, donc tout ce qui vient contrarier ses ″désirs″ et sa ″volonté″ sera considéré comme une injustice. Il est aussi dans la découverte qu’il ne peut pas faire tout ce qu’il veut. L’apprentissages des règles de vie en commun ont commencé. Pour lui, la notion de juste et d’injuste est toute relative puisqu’il se perçoit comme le centre de son monde. Dans son développement et dans un premier temps, comme pour chacun d’entre nous, la réalité du monde est très simple, blanc ou noir, chaud ou froid, juste ou injuste… Tout ce que nous vivons et tout ce qui nous arrive passe par nos filtres déjà construits ou en construction avec leurs fragilités et leurs biais cognitifs. L’éducation que reçoit l’enfant sera aussi influencée et impactée par les ″blessures″ que portent les parents et les personnes qui l’éduquent. À cet âge l’enfant n’est pas encore équipé pour pouvoir exprimer verbalement ses émotions dans ce qu’il ressent. Alors le parent adulte avec ses filtres et ses blessures interprète le comportement de l’enfant. Bien sûr, les parents font toujours du mieux qu’ils peuvent avec ce qu’ils sont et ce qu’ils connaissent. Chacun de nous est issu d’une famille, d’un milieux avec des us et coutumes, des valeurs qui nous sont propres en essayant de faire sens pour une harmonie sociétale.
Après cette légère digression, j’en reviens à cette blessure de « l‘INJUSTICE » qui comme chacun sait est le contraire de ce qui est juste. Or le juste est une notion de société et d’éducation. Pour mieux comprendre la notion de juste et d’injuste, voici quelques exemples : « à l’école une bêtise est commise, et personne ne se dénonce ; punition collective ; juste/injuste », « une bêtise est faite par la grande sœur et elle accuse la petite sœur qui est punie sans recherche de la vérité ; juste/injuste », « un objet cassé par un animal de la maison et l’accusation se porte sur l’enfant présent qui est défini comme maladroit, juste/injuste »… Il y a une multitude d’exemples.
Donc l’enfant qui vit ces situations et qui se retrouve accusé, n’ayant pas encore la capacité de pouvoir argumenter par manque de vocabulaire et qui en plus est peut-être déjà ″catalogué″ comme difficile, rebelle, menteur ; il deviendra peut-être même le bouc émissaire de la famille et sera rejeté ; il ne va pas être entendu et ancrera la blessure de « l‘INJUSTICE ».
Il se trouve aussi que cette blessure peut prendre sa source dans la fratrie avec un frère ou une sœur, en général plus âgé que l’enfant et du même sexe. Tout comme dans des familles recomposées ou les enfants rencontrent des difficultés les uns avec les autres par le fait de la cohabitation, qu’ils soient en bas âge ou déjà dans l’adolescence. Sans parler du jeu malsain avec des cadeaux et de l’argent que les parents séparés utilisent parfois pour régler des comptes avec l’autre conjoint.
Donc si cette blessure est dominante comme pour les autres, elle nous fera porter un masque et ce sera le ″masque″ du ″RIGIDE″.
Dans la palette de perceptions qui existe entre le juste et l’injuste sans être dans la notion de justice définie par la loi, l’enfant qui ancre cette ″blessure″ en lui comme dominante vivra et fonctionnera comme pour les autres blessures dans le « rejoue » ou le « refoulement s’exprimant par le déni » ou bien il la « sublimera ».
S’il porte sa blessure en la ″rejouant″, adulte il aura tendance à voir le monde en noir et injuste dans les situations qu’il observera ou vivra. Il se comparera aux autres et portera un jugement sur ce qu’il donne et sur ce qu’il reçoit. Il sera rarement satisfait et aura de grandes difficultés à demander de l’aide. Il aimera garder le contrôle en lien avec la peur du rejet. Il sera souvent dans la comparaison et l’incertitude du mieux et du pire. Et comme il l’a appris enfant, il ne pourra rire de rien pour cacher ce qu’il ressent. Lorsqu’il reçoit des cadeaux, il peut trouver injuste qu’il en reçoive moins, et encore plus injuste s’il en reçoit plus !
En revanche, s’il est dans le ″refoulement ″ (le déni) de la blessure de l’injustice, alors il peut devenir très exigeant avec lui-même, chercher la perfection, être froid et distant, montrant de la froideur et des difficultés à montrer de l’affection, colérique. En fonction de sa position sociale ou dans son couple, il pourra devenir un despote, un tyran ou un dictateur imposant sa propre loi avec les critères qu’il définit lui-même.
Lorsqu’il est dans la ″sublimation ″ de cette blessure d’injustice, il aura besoin de vivre dans un milieu où il y a des lois, des codes auquel il adhérera. L’honneur sera un de ses moteurs. Il sera aussi très procédurier. Il cherchera une carrière où l’ordre et la discipline sont valorisées.
À suivre…
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À propos de l'auteur(e) :
Bernard Mourey
Gaucher contrarié, ingénieur et autodidacte, globetrotteur chercheur, passionné par les sciences humaines et les comportements mais pas seulement. Observateur des individus et des faits de société ; accompagnant ceux qui le désirent dans une autre vision du monde et de la perception d’eux-mêmes.