Société

Petit exercice d'essai empathique.

Publié le 07 janv. 2020 à 13:17 | Écrit par
Katalyne Randoulet
| Temps de lecture : 02m37s

 

Tu te souviens de tes dernières vacances à la plage ? Les pieds dans l'eau, qui s'enfoncent dans le sable, les cerfs-volants, les joueurs de volley, tes gosses qui courent pour éviter les vagues, magnifiques et libres, qui rient de rien ?
Tu as mis toutes tes économies, tu as trimé comme un fou pour le petit tour de pédalo en famille, pour quelques jours de mieux-être. Tu tiens ton plus jeune enfant dans les bras.

Maintenant, je vais te demander un petit exercice d'imagination.

Tu es toujours au même endroit. Il fait nuit. Tes pieds sont dans l'eau. Glacée. Tu entends des gens autour de toi. Ils chuchotent, se pressent. Tu les distingues à peine dans la pénombre. Tu tiens toujours ton plus jeune enfant dans les bras. Tu avances dans l'eau jusqu'à sentir sur tes genoux une masse de caoutchouc molle. C'est un canot de sauvetage. Tu te dis qu'il est un peu trop mou. Tu as peur. Tes jambes flageolent. Ton enfant sent ton souffle qui se coupe. Il est effrayé. Terrorisé. Il pleure. Il s'accroche à ton cou de toutes ses petites forces. Tu as discuté longuement et réfléchis jusqu'à en devenir fou pour savoir lequel de tes marmots tu amènerais ici. Car tu n'avais pas assez d'argent pour les emmener tous. Tu as choisi le plus jeune, le plus fragile. Tu peines à le décoller de toi. Tu respires sa peau, tu te déchires de l'intérieur. Et tu le donnes à ces deux bras tendus, à cet homme que tu ne connais pas. Que tu n'as jamais vu. Tu recules de quelques mètres et tu t'écroules sur le sable. Tu ne le reverras jamais. Tu ne sais même pas s'il s'en sortira. Tu n'entendras plus jamais parler de lui. Tu entends son long cri de souffrance s'éloigner dans la nuit. Avec le bruit des rames. Tu reconnais ses pleurs parmi tous les autres pleurs. Puis plus rien. Juste le clapotis des vagues autour de toi. Seul. Anéanti. Vidé et déjà mort. Mort dans ton corps en survie. Tu dois te retourner. Partir de là. Vite quitter ce théâtre de l'inimaginable. T'éloigner encore plus de la chair de ta chair. Laisser la nuit l'avaler. Renoncer. Tu repenses au caoutchouc. Tu y repenseras toute ta vie .

C'est fini. Respire. Là, dans ton salon, tu comprends ? Tu comprends que tu n'es qu'à quelques milliers de kilomètres de ce destin qui pourrait être le tien ? L'année prochaine quand tu seras peut-être au milieu des marchands de glaces et des volleyeurs, si tu réussis à partir, imagine le corps de ton enfant venant frôler tes jambes. Venant s'echouer là, juste à tes pieds ? Ces enfants là, ce sont les nôtres. Je sais que tu n'y peux pas grand chose. Que c'est impensable. Que c'est tragique à hurler de chagrin. Juste, peut-être, comprendre l'absurdité. Réfléchir autrement, et ne pas se tromper d'ennemis. Demandons des comptes à nos politiques migratoires. Réfléchissons aux conflits, à ce que nos pays prennent pour enjeux.

En 1950, Albert Einstein disait :

"Un être humain fait partie d'un tout que nous appelons : "l'Univers" ; il demeure limité dans le temps et l'espace. Il fait l'expérience de son être, de ses pensées et de ses sensations comme étant séparés du reste, une sorte d'illusion d'optique de sa conscience.
Cette illusion est, pour nous, une prison, nous restreignant à nos désirs personnels et à une affection réservée à nos proches.
Notre tâche est de nous libérer de cette prison en élargissant le cercle de notre compassion afin qu'il embrasse tous les êtres vivants et la nature entière".

Alors... si on commençait par s'aimer un peu ?

 



À propos de l'auteur(e) :

Katalyne Randoulet

Travailleuse sociale en rémission professionnelle. Militante de l'amour. Éprise de maïeutique et de poésie nocturne. J'ai arpenté tous les chemins. Et ils mènent tous au rhum.

Empêcheuse de tourner en rond.
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