Culture

Le géant vert quitte les scènes européennes

Publié le 06 août 2022 à 11:46 | Écrit par
Christophe Martin
| Temps de lecture : 03m22s

Peter Garrett était au festival des Vieilles Charrues en juillet. Vous allez me dire: « Gaëlle Le Plouzennec et Victoire Lancelin aussi et on n’en fait pas tout un fromage. » Oui, mais Peter Garrett, c’est tout de même le grand chauve qui chante avec Midnight Oil. Là, ça vous en dit peut-être un peu plus. Midnight Oil, groupe de rock australien qui a fait un tabac international à la fin des années 80 avec l’album Diesel and Dust : Garrett y chantait en faveur des aborigènes d’Australie dont les colons britanniques ont carrément spolié les terres et les enfants quand ils ne les ont pas massacrés (à lire). A côté, le sionisme est un humanisme ! 

Je croyais moi-même que le groupe était mort mais je les retrouve aux Vieilles Charrues (je n’y vais pas, je lis Ouest-France entre deux Kouign-Amann) en clôture d’une tournée mondiale pour la promotion de leur dernier album Resist. Je n’ai parcouru les pistes que d’une oreille distraite mais je n’y ai pas trouvé quoi que ce soit qui me rappelle la fièvre, la force et la créativité des premiers albums. Bon, mais ce n’est pas à proprement parler de musique que je veux vous entretenir. Pas même vraiment de Midnight Oil dont le son s’apparente à un rock honnête et puissant mais jamais lourdingue, sans grande finesse non plus avec tout de même quelques belles trouvailles musicales de temps à autre, et des hymnes à plusieurs voix qui m’ont parfois remué les tripes. 

Mais à mon avis, c’est surtout la personnalité de Garrett qui vaut le déplacement et l’écoute (mes titres préférés sont en annexe). Avec son mètre 93, le grand escogriffe sans un poil sur le caillou (uluru en langue native) se dégingande bizarrement sur scène. On a toujours l’impression que le mec va faire une crise d’épilepsie au micro. Un style spasmodique dans la dégaine qui va comme un reflet à cette manière mi-agressive mi-crâneuse mi-grandiloquente (ça fait trois mi-) de scander les textes du groupe: contrairement à ce qu’on croit habituellement, ce sont aussi bien ses collègues qui écrivent les paroles et qui bien sûr composent. 

Le géant vert (Garrett est un écolo anti-nucléaire pur et dur avec le look de Monsieur Propre mais en plus débraillé) sortait de science po quand il a rejoint le groupe. Malgré les apparences, il est bien loin des têtes brûlées occidentales du punk et de la oï. Critique de l’Australian way of life et du consumérisme, militant pacifiste, antimilitariste viscéral, pourfendeur des grands pollueurs, lanceur d’alertes très appuyées vis à vis de l’armement nucléaire, et depuis toujours avocat-ambassadeur pour la sauvegarde de la planète, Garrett est un écolo convaincu et un humaniste sincère, soutien du Tibet annexé et souvent aux côtés des minorités opprimées, notamment ethniques. 

Garrett va lâcher le rock dans les années 2000 afin d’entrer dans la politique institutionnelle avec un succès très mitigé mais sans changer de look pour autant. Il participe à la création de l’équivalent des Verts en Australie, rejoint le parti travailliste, y perd sans doute pas mal d’illusions, est élu député et se retrouve ministre à plusieurs reprises (environnement, culture, éducation). Aujourd’hui, Peter Garrett a 69 ans. Midnight Oil n’a plus le succès de ses jeunes années: les Australiens ont été invités aux Vieilles Charrues seulement en mars pour remplacer Queens of the Stone Age et plus ça va, plus la fougue de la jeunesse fout le camp sauf peut-être sur scène avec des titres phares. C’est la dernière date de leur tournée internationale et ils ont annoncé qu’il n’y en aurait pas d’autres. Midnight Oil n’aura pas changé le destin du monde mais par sa manière d’être et sa volonté de prêter sa voix à des idées politiques, Peter Garrett mérite qu’on se souvienne de lui comme d’un homme digne, de lui et de ses copains. Ce n’est pas si fréquent dans le bizness de la musique.

 

Beds are burning aux Vieilles Charrues 2022 pour l'actu.

US Forces, live en 1985, nettement plus rock, écoutez bien les voix.

When the Generals talk, une de mes favorites, minimal et efficace.

Sell my soul, tiré de Diesel and Dust, un album qu'on peut écouter en entier sans jamais bailler.

My Country, on dirait presque du REM et on voit Garrett danser, mais musicalement ça décline doucement.

Dernier titre de ma sélection, Redneck Wonderland, une tentative tout à fait honorable d'expérimenter autre chose.

 



À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.

Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès
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